Obama, Berlin et les racines multikulti
Ca y est, Barack Obama est à Berlin. Après polémique et pourparlers, le candidat à l’élection présidentielle américaine devrait prononcer son discours devant plusieurs milliers de personnes au pied de la Colonne de la Victoire vers 19 heures. C’est aussi le seul discours public de la tournée européenne du candidat afroaméricain. Berlin n’a pas été choisie par hasard.
Anne Lainault
C’est l’événement du jour : Barack est là ! Le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine commence sa tournée européenne par Berlin et prononcera ce soir, à 19 heures, l’unique discours public prévu en Europe devant un public berlinois acquis à sa cause. Après Berlin, il fera aussi halte à Paris et Londres, autres grandes capitales européennes, mais où sa visite n’aura qu’un caractère officiel. Des villes, où il est tout aussi attendu, chargées de symboles : Paris représente la présidence tournante de l’Union européenne et Londres est le siège du gouvernement britannique, "ami" Etats-Unis en Europe. C’est pourtant à Berlin que Obama s’exprimera sur sa candidature et son projet de politique internationale. Pourquoi Berlin ? Pour son caractère très européen certainement. Berlin est une des villes les plus cosmopolites d’Europe : première destination européenne des étudiants, elle bénéficie aussi d’un regain d’intérêt du côté de la "main d’œuvre" qualifiée, artistique et intellectuelle.
Et puis, pour l’imaginaire américain, Berlin reste encore la ville historique, vitrine internationale des règlements par les mots des conflits de la Guerre froide avec le discours de Kennedy – à qui Obama est comparé – et son célèbre : « Ich bin ein Berliner » et celui de Reagan s’adressant à Gorbatchev lui demandant de faire tomber ce mur… Comme l’ancien président des Etats-Unis, Obama avait d’ailleurs souhaité prononcer son discours devant la Porte de Brandebourg. Tout un symbole : la division de Berlin, de l'Allemagne, de l'Europe et du monde en deux blocs antagonistes jusqu’en 1989. Pour la chancelière, un tel privilège n’est accordé qu’aux présidents en titre, Obama n’est que candidat. Alors ce sera la Colonne de la Victoire, la Elsa d’Or si familière aux Berlinois. Autre symbole, puisque la Siegessäule célèbre la victoire de la Prusse sur le Danemark (1864), l'Autriche (1866) et la France (1871). Des dates importantes cependant, puisqu’elles sont autant d’étapes fondatrices de la première unité allemande, mais sont moins sexy pour l’Europe. Depuis, la Colonne de la Victoire est aussi devenue le point de départ ou d’arrivée des grandes manifestations berlinoises, la Rue du 17 juin accueillant aussi bien la Love Parade, la CSD que la retransmission des grands rendez-vous sportifs.
Et puis, peut-être plus qu’ailleurs, Berlin est connue pour son caractère multikulti. Barack Obama cristallise ici tous les espoirs d’une communauté immigrée nombreuse qui rêve qu’un tel phénomène soit aussi possible en Allemagne. A Berlin, Barack Obama arrive en terrain conquis.
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